Dans un monde digital dominé par l’obsession des chiffres immédiats, où chaque campagne est scrutée sous l’angle du retour sur investissement (ROI), certaines stratégies innovantes bousculent les codes établis. Depuis plus d’une décennie, les marques digitales, notamment les DNVB (Digital Native Vertical Brands), s’efforcent de maximiser leur performance publicitaire en optimisant chaque clic et conversion pour un gain rapide. Pourtant, ce modèle rencontre un plafond de verre, où la croissance se fait plus lente, les coûts augmentent et la dépendance à la publicité devient un frein. C’est en prenant le contre-pied de cette logique que la jeune marque allemande Air up a su se distinguer en 2018. En misant sur une approche dite « anti-ROI », centrée sur la construction d’une marque forte avant la conversion immédiate, Air up est devenue un exemple emblématique d’une dynamique nouvelle pour les marques, capable de conjuguer branding, désirabilité et performance durable.
Air up n’est pas une simple gourde parfumée ; elle incarne une innovation sensorielle exploitant la rétro-olfaction pour offrir des saveurs perçues, sans ajout de sucre ou d’arômes artificiels. Cette approche technologique unique a trouvé un écho fort auprès des consommateurs grâce à une communication qui dépasse le simple appel à l’achat. En réservant une part importante de son budget marketing aux campagnes d’influence exemptes de codes promotionnels, Air up construit patiemment une relation de confiance et d’engagement émotionnel, différemment des stratégies habituelles axées sur le court terme. Cet article explore en profondeur cette rupture stratégique, l’impact sur la croissance durable de la marque, et les enseignements précieux pour les DNVB et acteurs du e-commerce en quête d’une nouvelle posture dans un univers saturé.
Dans les prochaines sections, l’accent sera mis sur les principes fondamentaux qui ont guidé Air up, de la compréhension des limites du ROI classique à l’articulation subtile entre branding et performance commerciale. Nous verrons comment cette stratégie repensée s’est traduite en chiffres concrets et expériences client remarquables, avant d’ouvrir une réflexion plus large sur les implications pour les marques émergentes ou établies, face aux défis du marché digital contemporain dominé par les grandes plateformes publicitaires et la quête d’une relation authentique et durable avec le consommateur.
Les limites du modèle traditionnel du ROI dans le e-commerce et les DNVB
Depuis l’avènement des DNVB, un modèle industriel digital s’est imposé, fondé sur la traque incessante du retour sur investissement à court terme. Le contrôle précis des données permet une optimisation continue : chaque dépense publicitaire est justifiée par un chiffre, un clic, ou une conversion immédiate. Des marques comme Evian, Sodastream, La Vie, Merci Handy, Michel et Augustin ou Innocent ont, à diverses échelles, tiré profit de ce modèle pour asseoir leur présence en ligne et développer leur notoriété. Toutefois, la multiplication des offres et l’augmentation des coûts publicitaires dessinent un paysage où la durée de vie des audiences « chaudes » se réduit drastiquement.
Le principal enjeu tient à la nature même de cette logique : la focalisation sur le bas de l’entonnoir de conversion génère des signaux forts, mais éphémères. Une fois que les premiers acheteurs sont conquis, le coût d’acquisition par nouvelle unité augmente, tandis que l’efficacité des campagnes baisse, obligeant à injecter toujours plus de budgets pour des résultats décroissants. Un tableau synthétique illustre cette réalité :
| Aspect | Avantages du ROI traditionnel | Limites observées |
|---|---|---|
| Optimisation des dépenses | Contrôle précis des coûts par acquisition (CPA) | Coûts croissants lors d’audiences saturées |
| Ciblage | Audience qualifiée et engagée | Dépendance aux « audiences chaudes » finies |
| Mesure | Résultats immédiats et quantifiables | Ignorance des effets de branding à moyen/long terme |
| Stratégie | Décisions rapides et ajustements fréquents | Risque d’épuisement et plafonnement de la croissance |
Par ailleurs, le modèle basé sur la performance pure a tendance à se heurter à des rigidités : l’absence d’investissement dans la marque et l’image conduit à une faible différenciation. Ainsi, la marque Loop a appris à ses dépens que sans capital immatériel solide, même une idée innovante peut rapidement perdre son éclat. Lush, malgré son engagement fort, doit renouveler constamment son discours pour éviter la banalisation.
Cette dépendance à la performance pure ne répond pas aux enjeux d’un marché où le consommateur recherche plus que jamais une expérience, un récit, un lien. La montée en puissance des réseaux sociaux comme TikTok ou Instagram, valorisant le storytelling et la viralité, ainsi que l’importance croissante accordée au bouche-à-oreille, illustré notamment par la force des ambassadeurs spontané, demandent aux marques une nouvelle posture. Voilà pourquoi le retour sur investissement doit désormais être envisagé sur un horizon plus large, prenant en compte la « demande latente » – celle que l’on doit construire – et pas uniquement la demande captée.

La stratégie innovante d’Air up : inversion de la logique du ROI classique
Rares sont les marques qui, dès leurs débuts, osent inverser la règle d’or du ROI. Pourtant, dès 2018, Air up a opté pour une méthode radicalement différente, misant sur le haut de l’entonnoir pour générer de l’attention et de la désirabilité avant la conversion. Cette démarche repose sur la compréhension scientifique du goût et de l’odorat, exploitant la rétro-olfaction pour offrir une expérience inédite.
Au lieu de privilégier les campagnes à fort taux de conversion immédiate, Air up consacre près de 45 % de son budget marketing à des actions de notoriété sans appels directs à l’achat. Cette politique suppose un vrai courage managérial et une vision long terme. Simon Nüesch, CMO de la marque, explique que le véritable moteur est la construction d’une préférence durable : « Faire du brand est plus ROIste que pousser la performance à bout de souffle ».
Voici les piliers fondamentaux de leur approche :
- Focus sur la notoriété et l’image : Investir dans des campagnes d’influence qualitative, en sélectionnant des créateurs en adéquation avec les valeurs et l’esthétique Air up, sans code promo ni call-to-action agressif.
- Pédagogie et mise en récit : Explications sur la technologie « Scentaste » via du contenu créatif, permettant à l’utilisateur de comprendre et s’approprier l’innovation.
- Construction progressive du parcours client : Accompagner la curiosité par la considération, pour amener ensuite à une conversion mature.
- Gestion intelligente des temps forts commerciaux : Utilisation de campagnes promotionnelles ciblées uniquement lors d’événements majeurs (Black Friday, Noël, rentrée).
- Engagement communautaire et amplification : Capitaliser sur le bouche-à-oreille organique et les interactions spontanées sur TikTok et autres réseaux pour une viralité authentique.
| Phase du funnel | Objectif clé | Actions principales | Impact attendu |
|---|---|---|---|
| Haut de funnel | Notoriété, désirabilité | Campagnes d’influence, branding visuel et narratif | Augmentation des recherches de marque et engagement |
| Milieu de funnel | Compréhension, considération | Contenus explicatifs, pédagogiques, témoignages | Curiosité transformée en intérêt qualifié |
| Bas de funnel | Conversion | Promotions ciblées, retargeting, éditions limitées | Conversion optimisée auprès d’une audience mûrie |
L’expérience Air up pose un acte de foi dans le capital de marque, un actif immatériel dont les bénéfices se mesurent sur la durée. Les premiers résultats – 80 000 gourdes vendues en six semaines puis une croissance de 20 à 200 millions d’euros en trois ans, avec une base de 6 millions de clients et une présence dans 14 pays – valident brillamment cette méthode.
Impact de l’anti-ROI d’Air up sur la performance commerciale et la visibilité
Le bouleversement méthodologique engagé par Air up induit des conséquences visibles tant sur les chiffres que sur la dimension qualitative et émotionnelle de la relation client. La marque a su déployer une stratégie multicanale cohérente pour maximiser non seulement la vente, mais la perception et la préférence à long terme.
Parmi les effets constatés :
- Coûts d’acquisition maintenus : En élargissant la notoriété, Air up bénéficie d’une audience plus qualifiée pour son marketing d’activation, ce qui stabilise le coût par acquisition face à une inflation générale du secteur.
- Effets de réseau et viralité : Sur TikTok, par exemple, les défis viraux comme « devine le parfum les yeux fermés » captent des millions de vues, amplifiant gratuitement la portée.
- Bouche-à-oreille renforcé : Près de 50 % des clients viennent aujourd’hui par recommandation, preuve de la robustesse du capital affectif construit.
- Partenariats stratégiques : La collaboration avec des influenceurs tels qu’Inoxtag, y compris pour des événements spectaculaires comme l’ascension de l’Everest, installe la marque dans la culture populaire.
- Passage au retail : Après une solide présence en DTC (Direct To Consumer), l’implantation en grande distribution (Carrefour notamment) permet de combiner visibilité et facilité d’achat, créant des impulsions d’achat complémentaires.
| Indicateur | Avant anti-ROI (moyenne secteur) | Après stratégie Air up |
|---|---|---|
| Coût moyen par acquisition (CPA) | En hausse constante | Stabilisé malgré la croissance |
| Part du bouche-à-oreille | Moins de 15 % | Près de 50 % |
| Engagement sur TikTok | Variable et souvent payant | Millions de vues organiques |
| Chiffre d’affaires en 3 ans | 20 millions (de base) | 200 millions |
Cette mutation illustre comment une approche équilibrée entre image de marque et performance commerciale peut modérer les coûts d’acquisition tout en activant de nouvelles sources de croissance. L’exemple d’Air up éclaire les marques concurrentes comme Merci Handy ou Pipplet, engagées également dans des processus de valorisation identitaire au-delà du simple tunnel de conversion. Il invite aussi les acteurs historiques, y compris des poids lourds comme Evian, à repenser leur modèle face aux défis actuels.
Repenser le funnel marketing à l’ère digitale grâce à l’exemple Air up
Air up démontre que le modèle classique du funnel marketing doit être revisité pour intégrer une progression plus naturelle et sereine de la relation client. L’approche uniforme qui privilégie systématiquement la conversion immédiate montre ses limites dans un environnement saturé. La marque a retravaillé le parcours d’achat en trois temps :
- Créer la demande : Générer l’envie avant même qu’un besoin explicite ne soit ressenti, notamment via une communication immersive et sensorielle.
- Raconter le produit : Faciliter la compréhension du concept complexe de rétro-olfaction, assurer une éducation subtile pour convaincre sans forcer.
- Convertir au bon moment : Activer les leviers promotionnels uniquement auprès d’un public devenu réceptif, avec des offres limitées et personnalisées.
L’impact est multiple :
- Amélioration notable de la mémorisation publicitaire et de la reconnaissance spontanée de la marque.
- Réduction du stress sur les campagnes d’activation, avec un meilleur retour sur investissement sur les promotions ciblées.
- Meilleure résilience face aux fluctuations des algorithmes des plateformes publicitaires, grâce à un capital marque solide.
| Étape du funnel | Actions clés | Objectifs impact |
|---|---|---|
| Création de demande | Contenus immersifs, campagnes d’image, influenceurs adaptés | Attention et curiosité cultivées |
| Éducation produit | Tutoriels, témoignages, storytelling | Clarification et engagement |
| Conversion | Offres promotionnelles limitées, retargeting ciblé | Achats optimisés et mûris |
Cette démarche est symptomatique de la révolution que vivent aujourd’hui les DNVB, souvent contraintes de sortir des sentiers battus pour dépasser les plafonds de verre. En méditant sur son nom évocateur, évoquant avec la figure historique et mythologique du roi Midas (voir histoire de Midas), on peut comprendre que la transformation doit ici s’opérer non pas dans l’immédiateté, mais dans la patience d’un capital croissant.

Les enseignements majeurs pour les marques face au défi de la croissance durable
En tirant parti de l’exemple Air up, les marques qui cherchent à s’implanter ou à consolider leur présence en 2025 et au-delà doivent reconsidérer le rôle de l’anti-ROI dans leur stratégie. Cette approche n’est pas une renonciation au résultat, mais un déplacement de l’axe temporel de ses effets. Les enseignements clés incluent :
- Construire la préférence avant d’exiger la conversion : la patience et la cohérence narrative créent un engagement durable.
- Investir dans la pédagogie produit : expliquer clairement l’innovation crée une différenciation essentielle face à la concurrence.
- Ne pas craindre d’allouer un budget conséquent au haut de funnel : la visibilité et le storytelling sont des leviers d’acquisition indirects but puissants.
- Favoriser la viralité organique et le bouche-à-oreille : la relation authentique avec la communauté génère des ambassadeurs naturels.
- Anticiper le passage aux différents canaux : DTC puis retail, en gardant une cohérence d’image et d’expérience.
| Enjeux | Pratiques recommandées | Exemples illustratifs |
|---|---|---|
| Patience et vision long terme | Campagnes de notoriété sans pression d’achat | Air up, Merci Handy |
| Pédagogie produit | Contenu éducatif, tutoriels, influenceurs explicatifs | Pipplet, Michel et Augustin |
| Investissement en branding | Storytelling créatif & contenu viral | Lush, Innocent |
| Communauté et viralité | Bouche-à-oreille, défis TikTok, collaboration | Air up, Inoxtag |
| Multi-canalité coordonnée | DTC + retail harmonisé | Evian, Carrefour |
La réussite d’Air up illustre combien la maîtrise du récit et l’orientation client vers une expérience sensorielle exclusive peuvent devenir le socle d’une stratégie marketing puissante. Cette démarche constitue un contre-pied salvateur au court-termisme et ouvre de nouvelles perspectives dans la dynamique concurrentielle actuelle, où la préférence marque devient un actif décisif.
FAQ : Questions fréquentes autour de la stratégie anti-ROI et l’exemple Air up
- Qu’est-ce que la stratégie anti-ROI d’Air up ?
C’est une approche qui privilégie les investissements en haut de funnel pour construire la notoriété, l’image et la désirabilité avant d’attendre un retour immédiat sur investissement. Elle mise sur la patience et l’engagement à long terme plutôt que sur la conversion rapide. - Pourquoi la rétro-olfaction est-elle centrale dans le succès d’Air up ?
La technologie unique exploitant la rétro-olfaction crée une expérience gustative sans sucre ajouté, différenciant Air up sur un marché saturé d’eaux aromatisées traditionnelles. Sa compréhension necessite un travail pédagogique, ce qui renforce la fidélisation. - Comment Air up maintient-elle ses coûts d’acquisition ?
En élargissant sa base d’audience à travers la notoriété et en construisant une préférence solide, elle rend ses campagnes bas de funnel plus efficaces et réduit la dépendance aux audiences déjà chaudes, stabilisant ainsi ses coûts d’acquisition. - Ce modèle est-il applicable à toutes les DNVB ?
Il constitue un cadre pertinent pour toute marque souhaitant dépasser un plafond de verre sur la durée, bien que la nécessité d’adapter la stratégie en fonction du produit, de la cible et des moyens reste incontournable. - Quels talents sont nécessaires pour réussir cette stratégie ?
Du courage dans la prise de décision, de la patience dans la mise en œuvre, et de la cohérence dans la narration de la marque. Ce sont des qualités souvent complémentaires à la rigueur analytique classique mais essentielles pour la réussite.
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